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Ensablement ou
envasement ?


A tort on parle parfois d'envasement. Il s'agit bien d'un ensablement. Le matériau déposé est un sable fin provenant de la Manche.
En effet les sédiments sont transportés d'Ouest en Est et les courants forts charrient les sables les plus grossiers tandis que les courants faibles apportent et déposent les sables les plus fins.

On assiste à ce qu'on appelle un transit littoral donnant naissance à une sorte de delta externe dont la formation est accentuée par les vents dominants de secteur Ouest grossissant une houle dominante.

De la vase, dont l'origine est surtout
calcaire, pénètre aussi dans la Baie mais à
raison de dix-sept mille mètres cubes par an, alors que le
dépôt de sable atteint pour une année environ
sept cent cinquante mille mètre cubes ! Rien de
comparable.
Les vases argileuses proviennent des rivières
côtières et les falaises de craie du littoral picard et
normand fournissent des particules crayeuses très
fines.
On observe une accumulation de
sédiments dans la partie Sud.
Voici une donnée chiffrée qui le confirme : 2
centimètres de hauteur de sable par an déposés
seulement sur vingt kilomètres carrés, correspondant au
secteur sud de la baie, en trente ans.
L'explication principale en est l'absence de cours d'eau capable de refouler les matériaux apportés par le flot (nom du courant de la marée montante)

En effet, normalement les fleuves côtiers (l'ensemble des cours d'eau se jetant dans la mer) jouent le rôle d'expulseurs. Quand il n'y a pas assez de cours d'eau, le sable stagne et le niveau monte très rapidement.

La construction de la digue submersible du Cap Hornu destinée à maîtriser le chenal de la Somme pour favoriser le développement portuaire de Saint-Valery a eu pour conséquence l'ensablement de la zone sud de la Baie.
Enfin en détournant et en
emprisonnant le cours de la Somme qui se jetait dans la baie entre Le
Crotoy et St Valery, on a privé la baie d'une arrivée
d'eau douce régulière dont le courant était
capable d'expulser les sables apportés par la mer.
Le cours de la Somme ainsi emprisonné dans un canal maritime
d'Abbeville à St Valery a sans doute amélioré
l'activité portuaire de St Valery pendant un certain temps
mais a condamné à tout jamais la baie à
l'ensablement progressif et
irrémédiable.
Pour palier cela, on a construit des bassins de retenue appelés "bassins de chasses" avec un système de vannes et d'"écluses à marée". Mais l'insuffisance en eau douce courante s'est fait sentir très rapidement. En effet, il est difficile de lutter contre l'ensablement quand on sait que la remontée annuelle du niveau de la mer est équivalent à 1mm, tandis que celle du sable est estimée à 2cm.

Dès qu'on assiste à un exhaussement du niveau du sable, les zones que le flot ne peut plus couvrir régulièrement sont colonisées rapidement par des plantes adaptées aux milieux estuairiens, se plaisant en eau saumâtre, qui contribuent à la formation du "schorre" ou "mollières" en fixant les sédiments et en retenant au pied de leur tige toute sorte de matériaux apportés par le flot.
On a calculé que les mollières gagnaient du terrain dans la baie à raison de 15 ha par an, réduisant ainsi les milieux propices à la vie enfouie (sable à coques ou hénons, arénicoles, néréïdes...)
Les coques et autres bivalves
commercialisés tendent à ne plus trouver de terrain
favorable à leur développement.
En fond de baie, les sables à coques ont été
remplacés par les étandues de schorre. Or ce refuge
était propice à la reproduction et au
développement des larves ou des jeunes mollusques en
formation, assez loin des violences des vagues et des courants.
Chassés par l'avancée des mollières, les coques
ont tendances à occuper des terrains situés plus au
milieu de la baie et plus exposés... les fonds
retournés par les vagues devenant des endroits hostiles
à tout développement, cela entraîne la
disparition du ,naissain.
Il faut savoir que c'est en avril que la femelle libère plusieurs milliers d'ovules qui deviendront en grande partie des oeufs puis des larves planctoniques, entraînées par les courants. La richesse des eaux en matière nutritive, leur température, leur salinité, leur agitation, le degré de pollution et la nature du substrat (terrain d'enfouissement) vont déterminer l'installation des "bancs de hénons".
Ces conditions réunies en Baie de Somme ont fait que la production de coques fut à une époque la plus élevée de France.
Sur une maquette de la Baie de Somme,
tous les phénomènes naturels (marée, courants,
vagues, apports de sédiments) ont été
reconstitués à l'échelle afin de mettre en
évidence les différents facteurs participant à
l'ensablement, en les isolant pour mieux les connaître, et de
chercher pour chacun des solutions.
